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Grand dialogue national : la touche digitale pour ne laisser personne pour compte

La convocation du « grand dialogue national » par le Président de la République, son Excellence Paul Biya, comme solution pour sortir de la crise dite anglophone qui paralyse le pays depuis 2016 est une initiative louable qui rencontre une adhésion populaire. Pour faire de ce cadre une réussite totale, le défi est celui d’une participation massive des fils et filles de la Nation. Là où l’approche des consultations et concertation traditionnelles montrent les limites, la prise en compte de la dimension numérique est incontournable.

Ce qui se passe

Les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest du Cameroun, sont le théâtre d’un violent conflit armé depuis fin 2016. Des combats qui opposent régulièrement l’armée, à des groupes épars de séparatistes. Cette crise, est née des revendications corporatistes des Avocats et des Enseignants, qui réclamaient la traduction en langue anglaise des Actes Uniformes OHADA et la préservation de la spécificité du système judiciaire et du système éducatif anglo-saxon dans les deux régions. Les réponses aux revendications des avocats et enseignants ont été apporté. En dépit de cela, le conflit s’est enlisé. La crise s’est muée fin 2017 en conflit armé. Le bilan de ces affrontements est déplorable sur le plan social et humanitaire. « En vingt mois, le conflit a fait 1 850 morts, 530 000 déplacés internes avec une dizaine de milices armées qui comptent entre 2 000 et 4 000 combattants »[1]. Selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), l’insécurité qui se répand dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du pays a forcé plus de 4 400 écoles à fermer. 21 291 Camerounais ont fui les violences et les combats entre sécessionnistes et l’armée en direction du Nigeria, note le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Pire, « 27 attaques terroristes ont été perpétrées contre le système éducatif dans le Nord-ouest et le Sud-ouest, entre janvier et août 2019. Au courant de l’année académique, 19 enseignants et 58 étudiants ont été kidnappés dans les universités de Bamenda et de Buea », déclarait le Ministre de la communication, René Emmanuel SADI, au cours d’une conférence de presse tenue le lundi 26 aout 2019 à Yaoundé. L’intransigeance des belligérants sur les conditions du retour à la paix à travers un dialogue inclusif risque de générer de nouvelles violences et de prolonger le conflit. Heureusement, le dialogue tant rechercher et demander est là. Mais, comment le rendre sans « exclusif » ?

Ce que le Président Paul Biya veut

Dans son annonce à la nation le 10 septembre 2019, le Président de la République, son Excellence Paul Biya, a présenté les enjeux, les concours, les acteurs du « grand dialogue national ». « Un grand dialogue national qui nous permettra, dans le cadre de notre Constitution, d’examiner les voies et moyens de répondre aux aspirations profondes des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, mais aussi de toutes les autres composantes de notre Nation », a déclaré Paul Biya.  Sur le plan de la mobilisation des acteurs, objet de notre contribution, le Chef de l’Etat précise : « Il aura donc vocation à réunir, sans exclusive, les filles et les fils de notre cher et beau pays, le Cameroun, autour de valeurs qui nous sont chères : la paix, la sécurité, la concorde nationale et le progrès […] présidé par le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, ce dialogue réunira une palette diverse de personnalités : parlementaires, hommes politiques, leaders d’opinion, intellectuels, opérateurs économiques, autorités traditionnelles, autorités religieuses, membres de la diaspora, etc. Seront également invités des représentants des Forces de Défense et de Sécurité, des groupes armés et des victimes ». Les camerounais de tout bord veulent s’exprimer. Mais quelle stratégie mettre sur pied pour donner la parole au plus grand nombre ?

Ce que le digital peut apporter

Longtemps solliciter, le dialogue national est enfin arrivé. Il aura lieu à la fin de ce mois si l’on s’en tient aux prescriptions du Chef de l’Etat. Ce dialogue était tellement attendu que tout le monde veut y participer. Malheureusement, reconnaît son Excellence Paul Biya, « tout le monde ne pourra, et c’est compréhensible, prendre effectivement part à ce dialogue, mais chacun aura l’occasion d’y contribuer ». Une situation qui risque compromettre les contours, si vertueux, de ce grand dialogue. Heureusement, les outils et canaux de communication numérique offrent la possibilité de donner la parole à tout le moment. Si les autorités veulent réussir cette consultation  nationale en matière de taux de participation, l’approche digitale est indispensable. Dans la stratégie étatique de mise en œuvre du présent dialogue, il serait judicieux de mettre sur pied des dispositifs de consultation en ligne. Cela permettra d’ouvrir le dialogue à toutes les couches sociales (jeunes, adolescents, adultes, étudiants, chercheurs d’emplois, politiques, syndicalistes…). Il est vrai que dans les consultations lancées par le Premier Ministre, prennent en compte toutes les composantes de la Nation. Mais, il ne s’agira que des « leader » de ces différentes instances. Le « bas » peuple, qui constitue la majorité, et qui a son mot à dire, risque être involontairement exclut. Si la masse populaire ne participe pas aux débats, il y a risque d’accentuation des frustrations déjà perceptibles au sein de notre société. Par contre, en mettant sur pied une stratégie de consultation online, la parole sera donnée à tous sans « exclusive ». La grande interrogation que certains se posent déjà est de savoir comment le fera-t-on quand on connaît toutes les dérives et dangers des médias sociaux ? Qui va encadrer les discutions ?

Pour y parvenir, l’on devrait sélectionner les outils et canaux de communication online à mettre sur pied. Par la suite, élaboré une charte de participation. L’encadrement se fera par une équipe ad hoc, d’experts en social media management donc la mission sera : veiller au respect de la charte de participation et de faire le reporting des contributions. En ce qui concerne les outils à mettre sur pied, une plateforme web interactive à travers laquelle vont figurer tous les sujets du dialogue peut être implémentée. En complément, les réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter peuvent venir en appuis. Ainsi, en fonction de la thématique, les internautes pourront y contribuer. La modération des échanges est assurée par les social media management.  C’est un plaidoyer pour ne laisser personne pour compte dans le cadre du « grand dialogue national ».

 

Benjamin OMBE-Journaliste/Expert en Communication digitale

Directeur Exécutif du Cabinet d’intelligence stratégique Knowledge Consulting

ombebenjamin@hotmail.fr

[1] Rapport n° 272, Crise anglophone au Cameroun : comment arriver aux pourparlers, international crisis group (2 May 2019).

1 thought on “Grand dialogue national : la touche digitale pour ne laisser personne pour compte

  • Concernant l’aboutissement positif du grand dialogue annonce par le president de la republique, president national de notre Grand parti le RDPC, pour que l’objectif soit atteint, il est souhaitable que l’equipe du Premier Ministre soit reajustee avant l’ouverture du dialogue, car certains membres de l’equipe gouvernante trouvent leur interets dans l’alimentation de cette crise et cette situation risque compromettre le desire de la paix de la majorite des camerounais pour ces regions. Nous souhaitons aussi que la bonne personne soit a la bonne place dans cette equipe du premier ministre qui manifeste la bonne volonte et le courage de trouver la solution a cette crise, si le travail n’est pas fait on te degage sans attendre.

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