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Lutter contre les « infox » et le discours haineux sur les réseaux sociaux : sensibiliser maintenant et protéger les générations futures

Le Cameroun a mal à son unité. Le pays est menacé par une crise que l’on peut caractérisée d’identitaire qui se manifeste par les discours haineux via les médias sociaux. Pour y faire face, à l’absence d’une stratégique étatique, l’Onu au Cameroun s’est attaquée au problème en lançant une campagne de sensibilisation baptisée «Let’s Stop Hate Speech». S’il s’agit d’une initiative louable, la stratégie s’emble s’attaquer aux symptômes d’une maladie profonde plutôt qu’aux causes. Esquisse d’une analyse et une stratégie pérenne pour combattre le discours haineux via les médias sociaux au Cameroun.

L’environnement socio-politique au Cameroun s’est profondément altéré depuis la tenue de l’élection présidentielle du 07 octobre 2018. Election au cours de laquelle, le Président sortant, son Excellence Paul Biya, a été réélue pour un 7ème mandat  avec 71,28% de suffrage selon le Conseil Constitutionnel (Cc). A l’issu de ce scrutin présidentiel, les partis politiques de l’opposition, notamment le principal challenger, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (Mrc) n’a pas digéré la pilule de la «défaite». Pour exprimer leur «mécontentement», les sympathisants et partisans du Mrc se sont livrés, à travers les médias sociaux, à diffuser les discours de haine. En réponse à ces «attaques» incessantes, le parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) n’est pas resté les bras croisés. Ses militants et sympathisants ripostent aux «attaques» avec les mêmes moyens qu’utilisent «l’adversaire». Une confrontation qui n’a que eu, jusque-là, un malheureux dénouement: polir l’espace cybernétique national des messages de haine et de tribalisme. Situation qui met en cause, l’unité nationale, une valeur sacrée du peuple camerounais.

C’est dans ce contexte que, l’Onu, constate qu’ «avec l’élection présidentielle du 07 octobre 2018 au Cameroun, l’environnement médiatique et davantage les médias sociaux se sont vus envahir par les discours de haine, alimentés par des messages portant souvent atteinte à l’intégrité physique de certains acteurs. Le tribalisme a atteint son paroxysme et il devient de plus en plus délicat d’aborder un sujet sans être victime du prisme de la tribu, de l’ethnie ou de la religion.» Face à cette situation, le «gendarme» du monde ne va pas s’arrêter à un simple constat. Les Nations unies ont ainsi lancé une campagne de sensibilisation pour lutter contre le discours haineux sur les réseaux sociaux au Cameroun. «La campagne à engager vise à créer une disruption. Prendre une période donnée, un mois, pour  susciter, avec à l’appui une compétition, des messages de paix et de tolérance.

Frustrations

Pour ne pas être éloigné des réalités et prendre en considération les frustrations des uns et des autres, il s’agira de savoir à quoi ressemble le Cameroun paisible de chaque internaute», explique les promoteurs de cette campagne via la plateforme web www.letstophatespeech.com dédiée pour la cause. Il est notamment question de : «Susciter un discours de paix et de tolérance auprès de certains internautes au sujet du Cameroun ; Créer une tendance nouvelle par rapport aux messages de détestation et de haine qui prospèrent dans les échanges entre internautes et de susciter de l’intérêt pour un discours tolérant, prenant en compte les réalités des uns et des autres et leur liberté d’expression vis à-vis de leur responsabilité citoyenne». Si nous saluons cette initiative, cela ne saurait empêcher de se poser la question de savoir si le «remède» choisit pour ce mal n’est pas destiné à soigner les effets au lieu des causes. Une chose est certaine. Le Cameroun à désormais mal à son unité. La haine prend des proportions incontrôlables. Les médias sociaux sont utilisés pour catalyser cet état de chose. L’image du pays est mal perçue aux yeux du monde. Son espace cybernétique est pollué. Les résultats de la première édition du rapport d’étude qui consacre la création de l’indice de perception de la communication digitale des institutions et personnalités publiques camerounaises (Ipcd), publié par le cabinet d’intelligence stratégique Knowledge Consulting l’attestent. Il ressort de cette étude que, la moyenne globale des 100 administrations évaluées sur la composante e-réputation est de 29.83 points sur une échelle allant de 0 à 100. De façon simple, quand on fait une recherche sur un moteur de recherche sur internet avec le mot «Cameroun», les résultats des dix premières pages de recherche renvoient à un contenu négatif matérialisé par les injures, discours de haine, corruption. Ce n’est pas bon.

Si le mal est si profond, le Gouvernement du Cameroun, avec ses partenaires au développement à l’instar de l’Onu le cas échéant devrait penser à une stratégie pérenne qui protègera les générations futures a ces dérives de la société actuelle. Cette stratégie devrait s’attaquer aux causes du problème et non aux effets. Quels sont les grands risques associés au cyberespace pour les jeunes? À en croire les médias et les institutions publiques, ces dangers seraient d’au moins cinq ordres: exposition à du contenu non désiré (pornographie, violences), contact par une personne inconnue (stranger danger), addiction aux outils numériques, cyber-harcèlement et la propagation de fosses nouvelles. A ces maux classiques, viennent s’ajouter dans le contexte camerounais, la propagation du discours de haine. Une étude Reuters Institute For The Study of Journalism nous dit que pour 28% des 18-24 ans à travers le monde, Facebook est la principale, voire la seule source d’informations.

Protéger les jeunes

Or c’est principalement sur les réseaux sociaux, où les informations sont largement partagées sans être vérifiées, que les fake news et le discours haineux sont communiqués. Plus encore, selon une étude de 2016 de l’Université de Stanford, réalisée sur 7804 adolescents américains, 82% d’entre eux ne savent pas faire la différence entre un texte publicitaire marqué comme «contenu sponsorisé», et un article d’enquête provenant du même site. Une étude de l’organisme Common Sense Media réalisée sur 900 enfants âgés de 10 à 18 ans nous dit que 31% ont relayé une fake news durant les six derniers mois. Plus dérangeant encore, selon cette étude, 39% des enquêtés préfèrent s’informer uniquement sur Facebook, Twitter ou You-Tube. Il s’agit donc d’une cible fragile. À l’observation, sans données chiffrées, ces indicateurs alarmants sont d’autant plus vrais et plus accentués dans le contexte camerounais où la pénétration des médias sociaux au sein des ménages est spectaculaire notamment en zone urbaine.

Ainsi, vue l’importance de l’information pour la stabilité politique des institutions et plus globalement pour la démocratie et la liberté d’expression, considérant l’influence des médias sociaux et d’internet de manière générale dans la vie académique et professionnelle des jeunes, tenant compte des dangers que présentent internet; il est devenu vital de maîtriser la collecte, le traitement et la diffusion de l’information via les médias sociaux auprès des enfants et des adolescents. Une campagne de sensibilisation périodique est un début. Des programmes de formation inclusifs seraient plus adapter. L’information est au cœur de la prise de décision. Elle détermine nos actions au quotidien. Elle guide nos projets, nos envies, nos désirs. La pénétration des médias sociaux nous met face à un défis celui de dénicher la bonne information dans un flux de canaux et de sources diverses aussi pertinentes que dangereuses. La prolifération des fosses nouvelles, l’amplification du discours haineux et tribaliste mettent en mal les principes fondamentaux de la démocratie et de l’état de droit.

Stratégie

Éduquer et sensibiliser est plus que nécessaire pour l’avenir des jeunes générations. Considérée comme un outil d’aide à la décision, la maîtrise de la bonne information est donc un enjeu clé de développement. Il est donc vital de créer un programme de formation et de sensibilisation dont la dénomination «Connecting Youth to the Right Information on Social Media » peut inspirer comme idée de départ. Objectif : combattre les «fake news», outillé sur la citoyenneté numérique. Concrètement, il sera question de Connecter: pour sensibiliser les jeunes sur l’importance et les enjeux des médias sociaux à l’ère des «infox»; Outiller: pour former dans les techniques de collecte et de vérification d’information sur le web pour un usage utilitaire, responsable et patriote du web et Assister: pour accompagner les pouvoirs publics dans la lutte contre les «fake news» et la diffusion du discours de haine et tribaliste sur les médias sociaux.

Une telle initiative, dans sa phase opérationnelle, peut prendre corps sur diverses formes. Le gouvernement, avec les partenaires au développement peut, organiser des séminaires/caravanes de sensibilisation et de coaching au sein des établissements primaires, secondaires et universitaires avec une priorité sur les grandes villes où les jeunes sont plus exposés avec pour finalité la création des club de citoyenneté numérique ; organiser des ateliers de sensibilisation des parents d’élèves via les associations des parents d’élève; mettre sur pied un dispositif de sensibilisation online (site web, réseaux sociaux); élaboration un guide pédagogique sur l’usage des médias sociaux (importance et danger), qui sera distribué aux élèves, étudiants et parents. Ce n’est qu’en prenant le problème de façon globale que le Cameroun pourrait arriver au bout de ce cancer du tribalisme qui gangrène notre société.

Le changement comportemental ne s’aurait s’opérer au bout d’un mois d’une campagne de sensibilisation. Il est plus qu’urgent de penser global sur un phénomène, qui, s’il n’est pas traité avec diligence maintenant, atteindra les générations futures. Oui, soutenons le projet «Let’s Stop Hate Speech», c’est une amorce salutaire. Mais pensons aux générations futures qui seront les garants de cet Etat de droit uni dans sa diversité. Et cela passera part des formations et sensibilisation intégrées, participatives et inclusives.

Par Benjamin OMBE-

Directeur Exécutif du cabinet Knowledge Consulting-Expert en communication digitale

Tribune publiée in :

Tri-hebdomadaire essingan du 12 juillet 2019

Bi-hebdomadaire REPERES du 15 juillet 2019

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