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ODD : Le zéro et l’infini de l’échec

Prenant acte de ce triste constat, un groupe de chercheurs a mené, au sein du cabinet Knowledge Consulting, un ensemble de recherches articulant une perspective descriptive et une perspective réformatrice.

C’est devenu un lieu commun que d’évoquer aujourd’hui l’échec des politiques des Objectifs du développement durable (ODD) au Cameroun. Et s’il parait en effet difficile d’aller contre ce constat d’ensemble, il faut se demander si certains mécanismes n’appellent pas un certain redéploiement de la critique. En d’autres termes, il faut faire le point et élever le débat. En 242 pages résumées sous le titre «Le Cameroun en prospective, évaluation critique des Objectifs du développement durable», Benjamin Ombe et son équipe vont au plus près des choses pour mieux les objectiver dans leur globalité, pointer les discontinuités et exhiber leurs ressorts respectifs au prisme de l’Agenda 2030.

Épreuve des faits

Dans cet ouvrage sorti le 11 septembre 2020 des presses de l’Harmattan Cameroun, les auteurs évaluent la capacité des politiques camerounaises à soutenir l’investissement et la croissance à long terme, et à faire sortir les citoyens de la trappe de la pauvreté. Selon eux, l’épreuve des faits dégonfle sensiblement le discours politique parfois bâti sur des statistiques biaisées, elles-mêmes sévèrement démenties par les données de terrain. Partout, les incertitudes sur la solidité de la reprise et sur les déséquilibres persistent et empêchent une réelle atteinte des ODD à l’échelle nationale. «Les indicateurs de pauvreté au Cameroun ne sont pas rassurants. L’indice de développement humain (IDH) du pays était de 0,563 en 2018 (PNUD, 2019). Le Cameroun est classé 150e sur 189 économies. La part de la population pauvre a augmenté de 12% entre 2007 et 2014, pour atteindre 8,1 millions d’habitants, en raison d’une croissance démographique plus rapide que le rythme de réduction de la pauvreté. Le seuil de pauvreté du pays ne s’est pas fondamentalement amélioré à l’intervalle 2015-2018. Il est de 35,5%, très loin des 23% espérés par le pays en 2020», fait constater Benjamin Ombe, dès le chapitre 1er du livre.

Ajustement

Entre les lignes, l’on relève que, dans les ambitions démesurées affichées en matière de suivi des ODD au Cameroun, ce qui compte c’est de créer une représentation qui soit le support d’une conviction socialement signifiante: la course vers l’émergence dans un contexte économique et sécuritaire bien difficile. L’engagement des dirigeants du pays n’est probablement que de façade pour suivre le mouvement édicté par l’agenda des institutions internationales. En effet, il est très courant, dans le champ des politiques publiques, de «faire semblant» pour que tout reste pareil. Mais rien n’est perdu d’avance. Pour réajuster, insistent les auteurs, il convient de s’interroger sur le modèle de gouvernance au plus haut niveau. Même si elle est partiellement vraie, la réponse selon laquelle c’est justement parce que la gouvernance est un problème, qu’on y porte plus d’attention et qu’on est à la pointe de la recherche de solutions et du suivi des progrès réalisés, est insuffisante. Dans cet environnement soutenu par des bailleurs de fonds, «Le Cameroun en prospective, évaluation critique des Objectifs du développement durable» suggère une réappropriation critique des outils d’analyse, afin que la satisfaction des besoins sociaux soit comprise de façon plus étendue et, surtout, assortie d’objectifs économiques réalistes. Y est soulignée la nécessité de l’engagement de tous les acteurs, et notamment du secteur privé pour la mise en place de modes de production et de consommation «durables».

Jean-René Meva’a Amougou/ INTÉGRATION N°439

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