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Plan de relance de la filière cacao-café : « Les réformes entreprises sont encourageantes »

Benjamin Ombe, Consultant en intelligence stratégique & Promoteur de CACAO INFO

Le plan de relance des filières cacao-café initié le 30 septembre 2014 a fixé le cap d’une production annuelle de 600 000 tonnes de cacao, de 150 000 tonnes de café robusta et de 35 000 tonnes de café arabica, à l’horizon 2020. Un an après l’échéance de ce plan, les résultats sont-ils à la hauteur des attentes ?

L’échec du plan de relance des filières cacao-café a déjà été acté par les autorités compétentes. Plusieurs rapports ont constaté que certains objectifs dudit Plan de relance n’ont pas été atteints notamment en ce qui concerne les capacités de production annuelle. L’ambition exprimée dans le Plan de relance était effectivement de passer à une production annuelle de 600 000 tonnes de cacao, 150 000 tonnes de café robusta et 35 000 tonnes pour le café arabica à l’horizon 2020. D’après les chiffres communiqués par l’Office national du cacao et du café (ONCC) relative à la campagne 2019-2020, le Cameroun a produit et commercialisé 257 151 tonnes de fèves de cacao très loin de l’objectif de 600 000 tonnes visés et même en baisse par rapport à la campagne 2018-2019 au cours de laquelle le pays a produit 264 253 tonnes. La même tendance a été observée pour ce qui est du café. Le pays a enregistré au cours de la campagne 2018-2019 une production de 27 797 tonnes de café robusta pour un objectif de 150 000 tonnes. L’échec est donc consommé. Toutefois, plusieurs facteurs endogènes et exogènes peuvent expliquer ce décalage par rapport aux objectifs fixés par le Plan de relance. Outre la planification (estimation des capacités de production) qui est jugée hasardeuse, il est important de relever que les perspectives dégagées dans ce document ont fait face au retournement du cours international du cacao à partir de 2017 et aux troubles sociales dans la région du Sud-Ouest, qui constituait alors le principal bassin de production. Par ailleurs, l’insuffisance et l’indisponibilité du matériel végétal et des intrants agricoles n’ont pas permis aux producteurs de booster leur rendement.

L’un des grands axes du plan de relance portait notamment sur l’amélioration de la qualité du matériel végétal, la mise à disposition de ressources conséquentes et le renforcement des capacités des acteurs. Ces objectifs ont-ils été atteints ?

Il y a eu des progrès considérables sur certains points et pas sur d’autres. S’agissant de la production du matériel végétal, elle demeure très en deçà de la demande nationale. En 2018, la capacité de production du matériel végétal par la Sodecao était estimée à environ 6 millions de plants pour une demande qui avoisine les 12 millions par an. Malgré la multiplicité des projets et programmes chargés de la production et la distribution du matériel végétal, beaucoup reste encore à faire. Au sujet de la mise à disposition des ressources et le renforcement des capacités des différents acteurs, le Cameroun a entrepris un certain nombre de réformes et d’initiatives dont les résultats sont encourageants. Les solutions apportées par le gouvernement ont principalement porté sur : la réduction de la redevance à l’exportation qui est passée de 150 à 75 XAF le kilogramme, soit une baisse de 50 % ; l’augmentation de la redevance versée aux producteurs qui est passée de 54 XAF à 150 XAF le kilogramme ; l’instauration d’une prime qualité, destinée à récompenser les producteurs ayant livré du cacao Good Fermented et le lancement de Centres d’Excellence du Cacao au profit de 4 000 producteurs qui pourront ainsi être formés aux meilleures pratiques culturales. Toutes ces actions témoignent de la volonté des pouvoirs publics à relancer les filières cacao-café.

Le FODECC a récemment annoncé que 50 milliards de F en termes d’appuis seront injectés sur une période de cinq ans pour accroître la production de cacao et de café à 640 000 tonnes d’ici 2025. Ces projections sont-elles réalistes ?

Il est difficile d’apprécier objectivement cette projection dans la mesure où nous n’avons pas connaissance des études préalables qui ont conduites à fixer cet objectif. Toutefois, ce qui est important de noter est le lancement d’un « guichet producteur » au Fodecc. Selon les explications données par son administrateur, Samuel Donatien Nengue, « le Guichet producteurs délivre trois types de subventions. La subvention en intrants agricoles, c’est-à-dire en engrais, semences/plants et produits phytosanitaires (catégorie 1). Celle qui porte sur les équipements et machines agricoles (catégorie 2). Enfin, celle qui concerne les infrastructures de soutien à la production (catégorie 3) » expliquait-il dans le magazine d’informations du ministère de l’Agriculture du mois de mars écoulé. Suivant ce schéma, les différentes « subventions » prévues à hauteur de 50 milliards de F peuvent contribuer à accroitre considérablement les productions. L’institution est attendue sur le terrain de la mise en œuvre…

En 2014, une redevance à l’exportation a été fixée à hauteur de 150 F pour le cacao et 100 F pour le café pour financer le plan de relance. Ces ressources ont-elles été suffisantes pour redynamiser l’industrie cacaoyère et caféière ?

La redevance à l’exportation était l’une des mesures inscrites dans le Plan de relance des filières cacao-café. Son opérationnalisation en 2017 a, sans doute, eu des effets positifs sur la chaîne de valeur des filières cacao-café. La redynamisation effective de l’industrie cacaoyère et caféière au Cameroun dépend d’autres facteurs qui vont au-delà de la redevance à l’exploitation.

Qu’est-ce qui peut être fait pour rectifier le tir afin de tirer le meilleur parti des filières cacao et café ?

Une étude réalisée en 2019 par le CIRAD, au profit de la Commission Européenne, intitulée « analyse de la chaine de valeur de cacao au Cameroun » a non seulement fait un état de lieu de la filière cacao et aussi formulé des propositions. L’un des griefs de la filière cacao est notamment la cohabitation de plusieurs structures dont les activités sont sensiblement similaires.  « Si les fonctions de l’ONCC (i.e. production de statistiques, diffusion des prix et contrôle de la qualité, entre autres) et du CICC (i.e. plateforme de discussion rassemblant les organisations publiques et les opérateurs privés dans un cadre adapté de gouvernance) paraissent claires, il est plus difficile de démêler l’écheveau des tâches spécifiques assurées par toutes ces organisations publiques…la plupart des appuis apportés aux différents maillons de la filière (amélioration, production et diffusion du matériel végétal, élaboration et vulgarisation des bonnes pratiques, formation des cacaoculteurs, distribution d’intrants, accompagnement des organisations de production…) sont assurés par plusieurs interventions publiques sans coordination et sans audit extérieur de leurs mises en œuvre », déplore l’étude sus-évoquée. Un tel fonctionnement ne saurait produire des résultats efficaces et efficients. Il est urgent de restructurer les filières cacao-café en commençant par l’harmonisation des différents cadres d’intervention.

Propos recueillis par

Gibrile KENFACK TSABDO

Cameroon Business Today N°203 du mercredi 14 au mardi 20 Avril 2021

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